Amitiés franco-allemandes

Dimanche,25 novembre 2007 at 13:38 (Billets, souvenirs, écriture)

Bobby sagt, dass ich meine Kindheitserinnerungen schreiben könnte. Sans doute a t-il raison.
Nous sommes assis, deux françaises trois allemands Bobby Fritz et Thorsten, assis chez mon père et parlant allemand. Avec Caroline nous avons décidé de faire un repas “tradition”, elle prendra du chou farci et moi de l’aligot. Un verre de Saint-Amour et les sourires sont là. Es ist einfach so. Ich sehne mich nach Berlin, ich möchte so schnell wie möglich mit dem Flugzeug nach Berlin fliehen. Ich möchte mich einfach in die Zartheit Berlins verkriechen. Ich will nach Berlin. Des rires éclatent, c’est l’exubérance toute allemande de Fritz, “presque jésuite”. C’est Bobby imitant le Führer à la perfection et Franz Beckenbauer.
Dans la salle, juste derrière Caroline il y a Stanislas Merhar. Un rêve slovène. Plusieurs fois je le regarde, plusieurs fois il tourne la tête. Je passe près de lui la tête légèrement inclinée. Stanislas Merhar. Je parle fort parfois, j’évoque Jérôme parce que je voudrais qu’il entende. Un jour avec Jérôme et Sophia (Guellati) nous avions parlé de lui, et Sophia avait couru dans la rue pour lui dire bonjour. Ce soir, j’aurais voulu qu’il m’entende. Stanislas Merhar me bouleverse. Un rêve slovène.

Je me sens toute-puissante. La poussée violente se fait plus pressante, la vague-à-l’âme m’emporte progressivement. C’est l’écriture qui est là. Je passe rue du bac devant la galerie Maeght et tout est plus clair. Ma vie ne s’est pas arrêtée, j’avance, je colle un peu plus près à mes désirs de liberté et d’indépendance. Je suis poète. Es ist einfach so. Multi-tâches en quelque sorte.
Je me sens puissante.

Christian Clavier de l’Importance d’être Constant. Jardin du Luxembourg, en dessous de la statue d’Isabelle reine de France, et deux glaces.

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Fragments (II)

Dimanche,18 novembre 2007 at 22:57 (Billets, Blogroll, souvenirs, écriture)

Tout se bouscule aujourd’hui, ce que j’aime, ce que j’ai cru aimer, ce que j’aimerai peut-être encore pour l’éternité.
Parler encore des fragments que l’on m’a donnés.
Un été, celui de mes 16 ans, Vincent et moi marchions ensemble. Pas un mot prononcé sans que mes lèvres effleurent les siennes, pas un mouvement esquissé sans sa main dans la mienne. Le premier amour, celui qui ne part jamais. Nous voulions tout avec l’insolence de nos âges, nous avons tout fait sauté. Chaque regard m’électrifiait, chaque baiser m’embrasait. La violence de cet amour nous a pris par surprise, presque en otages, et très vite j’ai envisagé de ne plus le quitter. Septembre est arrivé, lui à Toulouse, moi à Paris. Pourtant nous avons tenu bon. Quelques semaines, quelques mois à peine. Je voulais réussir, je continuais à le transporter, il m’aimait et sans cesse on pleurait. Un jour en novembre, il a fait silence. Le silence le plus long que j’aie vécu. Le silence ignoble de la douleur tapie, des remords qui rongent, et des nuits raccourcies. Pendant un mois je n’ai pas compris. J’ai d’abord cru – naïvement -  à un problème de téléphone. Je patientai jusqu’au jour où je n’ai plus pu supporter. Cette souffrance immonde je la connais par coeur, elle n’est qu’ensevelie. Quand il m’a dit…, j’ai voulu me tuer. Trois jours enfermée à la maison, à hurler, à gémir, à le supplier de revenir, de ne pas m’abandonner. Trois jours de souffrance inouïe, trois jours de convulsions, de crampes, de cris.
Puis, j’ai voulu oublier. Faire comme si rien ne s’était passé. Je me disais qu’un jour il reviendrait. Je me disais…
Plusieurs fois nous nous sommes retrouvés. Je continuais à le regarder de loin, à l’admirer et le désirer. Lui aussi je crois. Mais toujours, les quatres années qui ont suivi, toujours il m’a laissée. Il évitait soigneusement de se rapprocher, ou lorsqu’il le faisait, c’était pour aussitôt se rétracter de peur d’être à nouveau contaminé par notre amour passé. En quatre ans j’ai tout essayé. Je suis sortie avec un tas de types, beaucoup sans intérêt, juste pr ne pas oublier. C’était bien pratique d’avoir l’alibi de nouveaux garçons tout en gardant l’esprit acquis à un garçon que j’aimais. J’aurais tout donné. Je ne voulais que lui, et lui ne voulait que m’oublier.
J’ai commencé à écrire. Mais les mots que j’écrivais étaient comme gangrénés : sans lui ils n’avaient plus aucun intérêt. Je ne pouvais plus dire je t’aime. Je ne pouvais plus aimer. J’étais paralysée.
Rencontrer A. défit ce lien. Avec lui j’avais l’impression d’être écoutée, d’être considérée – au début du moins. Avant de comprendre ce que “partager” signifiait. J’ai vécu l’aliènement avec A. Mon amitié si précieuse, minée par la douleur et la jalousie. Je ne pouvais plus ni dormir ni manger. Six mois n’y ont servi à rien, même Adal, même un polytechnicien. Berlin m’a sauvée, je crois. Être loin, si loin de lui m’a forcée à admettre ma douleur.
A. m’a utilisée à son gré, il s’est amusé. A. m’a usée sans s’en rendre compte parfois, toujours avec cette distance ironique qui ne l’accable pas. Derrière ses barrières d’enfoiré A. ne se mouille jamais. Pas de pouce levé lorsqu’il s’agit d’épauler. A. reste caché. Il ne veut pas regarder ce qui fait mal. A. n’aime les gens que lorsqu’ils sont heureux. C’est tellement plus facile de boire pour oublier. De ne pas vouloir se regarder.
Berlin Septembre-Décembre 2006, itinéraire d’une descente aux enfers. J’ai arrêté de manger. Je ne buvais plus que du thé. J’ai arrêté de dormir aussi. Je voulais qu’il vienne, comme promis, je voulais qu’il m’aime enfin, qu’il tienne toutes les promesses faites à la veille de mon départ, serrée si fort dans ses bras. A. m’a conseillé de me suicider puisque lui avait déjà essayé et qu’il en était revenu. Il n’avait que faire de mon amour. Le soir quand je rentrais, je passais près du pont et je regardais si je pouvais tomber sans m’abîmer, sans que personne ne me voie. La nuit, les quelques heures où je dormais, je rêvais du pont et de la terreur qui m’empoisonnait.
Je me suis mise à pleurer un jour, sans plus pouvoir m’arrêter. Des jours de larmes, des jours entiers cloitrée dans ma chambre à ne sortir que pour le thé et la télé. Des jours où je vomissais.

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