Une éponge

Mercredi,23 janvier 2008 at 23:06 (Billets, Blogroll, écriture)

Si je viens écrire ce soir, c’est parce que ses mots à lui me touchent.
Des jours entiers sans écrire, des mois sûrement que je n’ai pas écrit quelque chose de substantiel, des semaines à retenir comme une éponge, à absorber. Je n’écris pour personne, je n’arrive d’ailleurs pas à raconter. Seulement il y a toujours cette poussée, le besoin irrépressible de fixer à jamais sur le papier. Chaque fois, le mécanisme se met en oeuvre : d’abord le choc ce qui m’atteint profondément et me marque d’une plaie, plaie destinée à recevoir encore et encore les sensations provoquées par le choc. Une sorte d’éponge sanglante qui garderait en elle tout ce qui passe. Puis vient le temps de la maturation. C’est le plus long. Il me faut garder en moi le choc jusqu’à ne plus le supporter, jusqu’à la nausée, jusqu’à vomir sur le papier cette plaie qui me rongeait.

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Fragments (II)

Dimanche,18 novembre 2007 at 22:57 (Billets, Blogroll, souvenirs, écriture)

Tout se bouscule aujourd’hui, ce que j’aime, ce que j’ai cru aimer, ce que j’aimerai peut-être encore pour l’éternité.
Parler encore des fragments que l’on m’a donnés.
Un été, celui de mes 16 ans, Vincent et moi marchions ensemble. Pas un mot prononcé sans que mes lèvres effleurent les siennes, pas un mouvement esquissé sans sa main dans la mienne. Le premier amour, celui qui ne part jamais. Nous voulions tout avec l’insolence de nos âges, nous avons tout fait sauté. Chaque regard m’électrifiait, chaque baiser m’embrasait. La violence de cet amour nous a pris par surprise, presque en otages, et très vite j’ai envisagé de ne plus le quitter. Septembre est arrivé, lui à Toulouse, moi à Paris. Pourtant nous avons tenu bon. Quelques semaines, quelques mois à peine. Je voulais réussir, je continuais à le transporter, il m’aimait et sans cesse on pleurait. Un jour en novembre, il a fait silence. Le silence le plus long que j’aie vécu. Le silence ignoble de la douleur tapie, des remords qui rongent, et des nuits raccourcies. Pendant un mois je n’ai pas compris. J’ai d’abord cru – naïvement -  à un problème de téléphone. Je patientai jusqu’au jour où je n’ai plus pu supporter. Cette souffrance immonde je la connais par coeur, elle n’est qu’ensevelie. Quand il m’a dit…, j’ai voulu me tuer. Trois jours enfermée à la maison, à hurler, à gémir, à le supplier de revenir, de ne pas m’abandonner. Trois jours de souffrance inouïe, trois jours de convulsions, de crampes, de cris.
Puis, j’ai voulu oublier. Faire comme si rien ne s’était passé. Je me disais qu’un jour il reviendrait. Je me disais…
Plusieurs fois nous nous sommes retrouvés. Je continuais à le regarder de loin, à l’admirer et le désirer. Lui aussi je crois. Mais toujours, les quatres années qui ont suivi, toujours il m’a laissée. Il évitait soigneusement de se rapprocher, ou lorsqu’il le faisait, c’était pour aussitôt se rétracter de peur d’être à nouveau contaminé par notre amour passé. En quatre ans j’ai tout essayé. Je suis sortie avec un tas de types, beaucoup sans intérêt, juste pr ne pas oublier. C’était bien pratique d’avoir l’alibi de nouveaux garçons tout en gardant l’esprit acquis à un garçon que j’aimais. J’aurais tout donné. Je ne voulais que lui, et lui ne voulait que m’oublier.
J’ai commencé à écrire. Mais les mots que j’écrivais étaient comme gangrénés : sans lui ils n’avaient plus aucun intérêt. Je ne pouvais plus dire je t’aime. Je ne pouvais plus aimer. J’étais paralysée.
Rencontrer A. défit ce lien. Avec lui j’avais l’impression d’être écoutée, d’être considérée – au début du moins. Avant de comprendre ce que “partager” signifiait. J’ai vécu l’aliènement avec A. Mon amitié si précieuse, minée par la douleur et la jalousie. Je ne pouvais plus ni dormir ni manger. Six mois n’y ont servi à rien, même Adal, même un polytechnicien. Berlin m’a sauvée, je crois. Être loin, si loin de lui m’a forcée à admettre ma douleur.
A. m’a utilisée à son gré, il s’est amusé. A. m’a usée sans s’en rendre compte parfois, toujours avec cette distance ironique qui ne l’accable pas. Derrière ses barrières d’enfoiré A. ne se mouille jamais. Pas de pouce levé lorsqu’il s’agit d’épauler. A. reste caché. Il ne veut pas regarder ce qui fait mal. A. n’aime les gens que lorsqu’ils sont heureux. C’est tellement plus facile de boire pour oublier. De ne pas vouloir se regarder.
Berlin Septembre-Décembre 2006, itinéraire d’une descente aux enfers. J’ai arrêté de manger. Je ne buvais plus que du thé. J’ai arrêté de dormir aussi. Je voulais qu’il vienne, comme promis, je voulais qu’il m’aime enfin, qu’il tienne toutes les promesses faites à la veille de mon départ, serrée si fort dans ses bras. A. m’a conseillé de me suicider puisque lui avait déjà essayé et qu’il en était revenu. Il n’avait que faire de mon amour. Le soir quand je rentrais, je passais près du pont et je regardais si je pouvais tomber sans m’abîmer, sans que personne ne me voie. La nuit, les quelques heures où je dormais, je rêvais du pont et de la terreur qui m’empoisonnait.
Je me suis mise à pleurer un jour, sans plus pouvoir m’arrêter. Des jours de larmes, des jours entiers cloitrée dans ma chambre à ne sortir que pour le thé et la télé. Des jours où je vomissais.

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Retrouver le chemin, partir à l’aventure

Samedi,13 octobre 2007 at 23:19 (Billets, Blogroll, écriture)

Il me semble retrouver progressivement les yeux de l’émerveillement ici, à Paris. Chaque matin je prends le bus de la ligne 63, celle qui longe les quais jusqu’au Trocadéro. Je prends soin toujours d’ouvrir les yeux. Quelques jours durant, j’accompagnai ce trajet des Nuits blanches de Dostoïevski ; une voix s’élevait et elle disait sa solitude.
Je tente, je me fais violence : je revisite, je parcours, je promène mes jambes et mon regard sur les façades, les immeubles, les palais, les trottoirs. Mais je ne sais pourquoi, je ressens encore cette espèce de distance.
Je ne fais pas partie de ce monde. Sans cesse mes incursions me poussent vers les autres, vers le risque. Sans cesse je me fais violence. Sans cesse je m’agite contre le monde.
 Peut-être est-ce cela qui me définit le mieux : le combat. Oui, je suis une fille qui se bat, qui n’abandonne pas. I fight. I don’t take things for granted. I fight for them.  

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